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Une administratrice de l’ANOPEX témoigne lors du gala du centenaire du Bleuet de France

Le 25 novembre dans la bibliothèque de l’Automobile club de France à Paris, Pascale Lumineau a apporté son témoignage, en tant que mère qui a perdu un fils en Afghanistan.

Une soirée animée par Anne-Claire Coudray, Franck Leboeuf et Vincent Héraud autour de trois récits qui forcent la relativité de nos préoccupations quotidiennes :
• un légionnaire grièvement blessée au Mali,
• une mère ayant perdu son fils, jeune sous-officier tué en Afghanistan,
• une victime du terrorisme, blessée par balle, ayant perdu son compagnon lors de l’attaque du Bataclan.

Trois destins meurtris, trois vies brisées, qui ont retrouvé, lentement, avec courage, le chemin de la reconstruction : un parcours lourd et semé d’embûches, mais porté par une force morale et mentale admirable.

Cette soirée caritative a permis de recueillir plus de 500 000 € pour celles et ceux qui restent.

Retrouvez ci-dessous l’intervention de Pascale Lumineau 

Je me présente Pascale Lumineau, maman de Pierre-Olivier mort pour la France dans la vallée de Kapisa en Afghanistan le 9 juin 2012.

Ce jour-là 13h50, nous étions mon mari et moi dans la cuisine à finir notre café quand la sonnette a retenti. J’attendais une personne en rdv pour 14h et sur le moment je me suis même fait la réflexion qu’elle devait être pressée de me rencontrer ! Mon mari se lève et va à l’interphone, je pense qu’il a compris immédiatement que c’était lié à notre fils. Moi c’est quand on a ouvert la porte, que j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai pensé à un accident – je dois vous préciser que nous n’écoutons pas les infos et que par conséquent aucun soupçon de ce qui se passait ! – et puis, le visage décomposé de nos interlocuteurs bien nombreux m’a fait hurler, mes filles sont descendues en se demandant pourquoi j’étais dans cet état ! j’ai demandé vous êtes sûrs, vous vous êtes peut-être trompés – non madame c’est sûr votre fils est tombé en Afghanistan

C’est plus tard, lorsque nous serons reçus aux Invalides, que nous connaitrons les circonstances tragiques de son décès : un jeune suicide bomber afghan s’est fait exploser alors que ce petit groupe de soldats discutait avec les hommes du village. Un acte violent qui emporte 4 soldats (mon fils et 3 de ses frères d’arme) 2 traducteurs et des civils !

Après cette terrible annonce, ce fut un véritable tourbillon. Il a fallu dans un premier temps rejoindre son régiment, puis monter à Paris pour assister aux funérailles nationales – tant de monde que je ne vois pas vraiment. Mais que se passe-t-il ? tel un automate j’avance, je serre des mains, des accolades et tant de peine, de tristesse, de pleurs. Le régiment, ses amis, tellement bouleversés que je suis toujours au bord du malaise mais je reste forte, j’ai été forgée de ce bois dont on ne flanche pas.

On vit des moments improbables mais les vit-on vraiment ? et c’est le retour sur St Gély. Mon mari toujours au volant, accomplit ses trajets sans sourciller. Lui aussi ne s’écroule pas alors qu’au fond de lui je sais le tsunami qu’il vit.

Avec son frère, ses sœurs on devient une meute qui pansera ses plaies ensemble. Alors avec le temps on s’éloigne peut-être un peu mais c’est ainsi. La peur, l’incompréhension de cette absence il nous fallait nous isoler, la transformer, la faire nôtre sans aller dans la colère, la haine

Pierre Olivier était parti depuis longtemps du foyer familial mais quand il a décidé d’intégrer l’ENSOA, l’école nationale des sous-officiers d’active, ce fut pour nous, un sacré défi.  Mon mari et moi sommes d’anciens militaires, moi-même pupille de la Nation, fille de soldat mort pour la France, donc nous savions combien cet engagement était important et quels risques il encourait. Nous avons certainement transmis la flamme à nos enfants puisque son frère et une de ses sœurs se sont engagés également. Je vous laisse imaginer ce que je peux ressentir à chaque fois qu’ils m’annoncent leur départ en opérations ! J’en puise des forces au fond de moi pour les accompagner, et ne pas me laisser rattraper par ce que j’ai déjà vécu et qui pourrait se répéter

Mon deuil a vraiment commencé quand sa cantine est rentrée. A ce moment-là, j’ai vraiment pris conscience qu’il ne reviendrait pas. Je devais être certainement dans le déni…. Mais retrouver son bazar dans cette malle m’a brutalement fait comprendre son éternelle absence. Et pourtant le jour de son départ de la maison, après que je lui ai dit « fais bien attention à toi mon chéri » il m’avait répondu « si je ne reviens pas, c’est que ma mission terrestre s’arrête là »

 Ma SUR VIE (puisque c’est bien une nouvelle construction de vie sur celle d’avant !), je dirais que l’essentiel a été de continuer à donner à Pierre-Olivier sa place, et çà s’est vraiment avec Ma famille, Sa famille que je le vis – il est totalement intégré dans notre vie avec sa présence invisible .

Les actions que je mène via mon association De La Pierre A L’Olivier (DLPALO) que j’ai créée pour aider dans la reconnaissance des parents, frères et sœurs des soldats morts pour la France, je les mène avec lui, il ne me lâche pas.

Ce 9 juin a fait exploser nos vies

Oui je suis une maman qui a perdu son fils mais N’oubliez pas, vous tous qui êtes là, qu’être parent ne disparait pas quand votre enfant tombe, il fait encore plus partie de vous. Nous les portons de nouveau ; jusqu’à ce que, à notre tour, nous partions. Faire mémoire ce n’est pas parler de sa mort, c’est raconter ce qu’il était, ce qu’il vivait, ce pourquoi il s’était engagé et ce qui doit continuer.

Pour conclure je vous dirais simplement :

  • Quand vous pensez à nous, vous vous souvenez de lui.
  • Quand vous faites mémoire de nos enfants, vous vous souvenez de nous.

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